cité, p. 136. « La Pléiade » 1996, p. 970. » Ici, plusieurs lectures se présentent. Quelles que soient vos … Les protagonistes portant des vêtements raffinés détonnent par rapport au cadre naturel et entre elles, car leurs styles vestimentaires respectifs appartiennent à des périodes historiques différentes. On peut le voir sur le site de l’INA (http://www.ina.fr/video/4223827001). Moyen de transport réaliste, l’hélicoptère semble ironiquement plus étrange dans ce film-conte de fées que ne le serait un carrosse volant imaginaire. Les larmes abîment et creusent le visage. “Peau d’âne” : la Féerie existe-t-elle ? Peau d’âne obtempère et prépare un gâteau pour le prince, en faisant tomber, fortuitement ou non, sa bague dans la pâte. Voir, par exemple, C. Lévi-strauss, Les Structures élémentaires de la parenté, Paris, Mouton, 1967, p. 3-29. 56 Camille Taboulay, op. De ce point de vue, la photographie du film devient un point de contact sensuel entre Cocteau et son amant, une manière de construire leur relation queer selon un code visuel animé par la passion du regard de l’amant. (N.D.T.). Cette version apocryphe désigne la bonne fée du conte original de Perrault sous le nom de fée des Lilas et atténue, de manière significative, la culpabilité du père encore plus que ne le fait Perrault, tout d’abord par la requête de la reine qu’à sa mort, le roi prenne une nouvelle épouse et, ensuite, par les conseils que donnent au roi ses ministres d’épouser sa propre fille. 61Dans un entretien donné à l’époque de la sortie de Peau d’âne, Demy affirme que la France « est un pays très fermé, très autocensuré, aux structures vieilles, où un film comme Trash de Paul Morrissey (assistant de Warhol) est finalement impensable. […] Mes cheveux sont dans un désordre… Ma toilette74. Pourtant, avec ses allures de Jean Harlow à la mode des années 1930, la fée des Lilas contraste de manière flagrante avec tous les autres styles vestimentaires du film55. 48Même s’il s’inspire de la féerie, Demy atténue la gravité de l’inceste présente chez Perrault en soulignant la frivolité de la fée des Lilas qui refuse d’écouter la princesse tant qu’elle n’a pas fini de se préparer. Beaver affirme : « Avec le cannibalisme et l’inceste, [l’homosexualité] est l’incarnation même de l’autodestruction sociale dans sa recherche d’une proie à dévorer. Bon Entendeur: Influences. Dans un entretien avec Bernard Bastide, Agnès Varda souligne à quel point le cinéaste aimait ce film et qu’adulte, « il n’a eu de cesse de se procurer des copies 16 mm de ces titres en dessin animé de Walt Disney, que nous regardions à Noirmoutier, lui surtout » (voir Bernard Bastide, « Plus que les contes… », art. » Daniel Fischlin explique pour sa part : « Tributaire du regard qui construit sa présence masculine ou féminine, la Bête est par conséquent une construction sexuelle ambiguë, un être queer, en particulier selon une lecture qui incorpore l’œil du cinéaste Cocteau dans le contexte du regard construisant la bête comme objet de désir. Peau d’âneest un véritable enchantement, porté par la musique et les chansons de Michel Legrand. ), Camp Grounds : Style and Homosexuality, Amherst, University of Massachusetts Press, 1993, p. 26. La Blanche-Neige de Disney incarne la mère moderne, préoccupée non seulement par la propreté de son foyer, mais aussi par l’hygiène personnelle de ses « sept petits enfants », les nains63. 4 0 obj Leur image est un pouvoir car, alors même qu’elles semblent absorbées par des questions frivoles, elles exercent sur les hommes et leur univers un pouvoir étrange. Bien que cet auteur emploie le concept d’« esthétique de la frivolité » à propos de l’esthétique des conteuses des années 1690, les femmes belles, à la mode et mondaines que désigne cette notion se retrouvent tout à fait dans la fée des Lilas et la princesse du film de Demy. On relèvera toutefois que, dans La Belle et la Bête, Cocteau a donné au prince, double de la Bête, le nom d’Avenant, comme le personnage de « La Belle aux cheveux d’or » de Madame d’Aulnoy. Comme celui de la Belle dans le film de Cocteau, ce miroir permet à la princesse de voir la réaction de son père devant son départ. Si l’inceste est représenté comme une loi arbitraire dont le fondement est culturel et non naturel, il peut être aussi considéré en fonction du désir du sujet queer pour le père, projeté sur l’héroïne qui, elle-même, devient une « bête », à la fois animale et humaine, masculine et féminine. Tandis que la première version de 1838 évoque indirectement une affection incestueuse ou, du moins, suggère que la fille aime trop son père (peut-être à cause d’un excès d’attention de la part de ce dernier), les modifications contenues dans la version de 1863 atténuent encore davantage toute allusion de cette nature. Très girly et plutôt kitsch comme décor, mais cela m'a donné l'occasion de m'essayer pour la première fois à réaliser des roses en pâtes d'amandes (au programme du CAP de pâtisserie). Vous aimez votre père, je comprends. Vérifiez si votre institution a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Liberté artistique et satire grotesque. 27 À l’époque de Peau d’âne, Delphine Seyrig avait déjà obtenu un excellent accueil au niveau international pour son rôle dans L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais (1961). Dans la scène où celle-ci est assise sur une balançoire, on la croirait tout droit sortie du tableau de Jean-Honoré Fragonard Les Hasards heureux de l’escarpolette (1767). Sur Cocteau dandy, voir Andrea Fontenot, « The Dandy Diva », Camera Obscura, vol. Elle a été représentée à Paris au Théâtre de la porte Saint-Martin et au Théâtre de la Gaîté, deux célèbres music-halls de l’époque. L’Amour avec un grand A?Celui qui apparemment nous ferait nous « teindre en blonde » ou « faire le tour du monde » ?Eh bien, ce n’est peut être pas celui que vous croyez… 10À partir de l’œuvre de Susan Sontag, Jack Babuscio a forgé une définition du camp que je reprends ici comme cadre général pour réfléchir à l’esthétisme gay. La préoccupation évidente de Demy pour la question de l’inceste dans son cinéma indique que ce pourrait bien être le cas. » Je voudrais considérer le thème de l’inceste dans ce film selon un autre point de vue qui n’est pas sans rapport avec l’approche féministe de Le Gras. du napolitain par Myriam Tanant, Paris, Phébus, coll. C’est comme si les personnages n’avaient pas encore totalement intériorisé la loi interdisant l’inceste et la loi elle-même paraît arbitraire, car non pas fondée sur la nature, mais sur des conventions humaines. Plus encore que ses prédécesseurs du XIXe siècle, Disney place au premier plan de son Blanche-Neige et les sept nains les notions de domesticité et de famille nucléaire. Comme je le montrerai, Demy donne une version camp de ce classique du conte en en faisant ressortir les éléments potentiellement subversifs présents dans des versions antérieures de ce récit et en y introduisant des caractéristiques de l’esthétisme gay, le cinéma de Jean Cocteau étant pour lui une source particulière d’inspiration. Avant Demy, seul Albert Capellani osa transposer « Peau d’âne » au cinéma pour Pathé-Frères (Peau d’âne, 1908). Lauriane. 11 Pour ces différentes versions de « Peau d’âne », voir « Tebaldo » [Thibaud] de Straparola et « The Bear » [L’Ourse] de Basile dans Jack Zipes (dir. Mon enfant On n'épouse jamais ses parents Vous aimez votre père, je comprends Quelles que soient vos raisons Quels que soient pour lui vos sentiments Mon enfant On n'épouse pas plus sa maman 18 Gwénaëlle Le Gras, « Soft and Hard : Catherine Deneuve in 1970 », Studies in French Cinema, vol. Intéressé par le genre du conte de fées en général, Demy était tout particulièrement captivé par cette histoire d’inceste, thème récurrent dans d’autres de ses films, comme Parking, version du mythe d’Orphée dans laquelle Hadès (Jean Marais) est l’époux de sa nièce, Claude Perséphone (Marie-France Pisier), et Trois places pour le 26 où le personnage d’Yves Montand, incarné par lui-même, couche avec Marion, interprétée par Mathilda May, dont il ne sait pas qu’elle est sa fille4. Tout au long de Peau d’âne, Demy réunit ces trois stratégies camp dans son recours à l’inceste comme trope des sexualités alternatives ; dans la récurrence des juxtapositions incongrues entre haut et bas, ancien et moderne, nature et culture, dont le but est de dénaturaliser les normes établies ; et dans la manière dont ses héroïnes, tels des dandys féminins, sont à la fois des œuvres d’art et des sujets désirants. » Dans Peau d’âne, Demy transforme ses personnages en autant d’objets de mépris, dans le cas de Peau d’âne la souillon, et, plus fréquemment, en objets d’émerveillement ou d’admiration qui s’exhibent comme des œuvres d’art. Mais son film muet de quinze minutes délaisse entièrement le thème de l’inceste en faisant demander la main de la princesse par un « fiancé ridicule » – un noble aux jambes affreusement arquées – à la place du père. « Amour, amour, je t’aime tant … À l’instar de l’idéologie naissante de la domesticité en France, inséparable de la modernisation synonyme d’américanisation, la « doctrine Disney » valorisait « la famille nucléaire et ses rituels afférents : mariage, parentalité, éducation des émotions et de l’esprit, et consommation62 ». Demy joue en permanence avec les incongruités visuelles et temporelles afin de déconstruire l’intrigue hétéronormative et, tout simplement, de se délecter d’une esthétique faite de couleurs et d’images qui jurent entre elles. Enfin bref, j'ai tout de suite pensé à Peau d' âne, qui fait un cake d' amour pour son prince. AMOUR AMOUR (je t’aime tant) Comédien, chanteur et metteur en scène, le fondateur de la Compagnie Théâtrale de la Cité a conçu un spectacle de théâtre musical autour des sublimes chansons de Michel Legrand, de Peau d’âne aux Demoiselles de Rochefort en passant par Les Moulins de mon cœur. ... "Amour, amour, je t'aime tant..." Et voilà le résultat ! 86 Walter Strauss a analysé la manière dont Cocteau mêle certains aspects de Narcisse dans ses versions du mythe d’Orphée (voir W. Strauss, « Jean Cocteau : The Mask of Orpheus and Narcissus », Religiologiques, no 15, printemps 1997, http://www.religiologiques.uqam.ca, consulté le 3 mars 2013). Merci, nous transmettrons rapidement votre demande à votre bibliothèque. Philippe Hourcade, Paris, Société des textes français modernes, 1997, p. 9-26. La nature merveilleuse du lieu est illustrée dans cet échange : Marie-Antoinette : Les tas de fumier ! 51 L’association de l’argent et des fèces est présente dans toute l’histoire de la philosophie, de la psychanalyse et de la culture populaire. 76 Oscar Wilde, « Formules et maximes à l’usage des jeunes gens », op. Pour sa part, la princesse veut être aimée du prince, mais, comme le suggère le film, c’est son père qu’elle préfère, alors que ce dernier lui est interdit (par la fée, ironiquement). 32Par ses références à son charme qui fonctionne « comme une pile » et à la poésie de l’avenir qu’elle offre au roi, la fée des Lilas symbolise la modernité. Aspect intéressant, Demy brosse un tableau sympathique de Marie-Antoinette, alors même qu’il se montre très critique des abus de l’aristocratie dans Lady Oscar. Amour Amour je t’aime tant. Comme l’inceste, elle profane irrévocablement le désir génital [hétérosexuel]19. 91 Gérard Langlois, « Jacques Demy. De 1901 à 1950, le conte figure dans au moins trente-six recueils et il est réimprimé neuf fois individuellement. Mon interprétation souligne la manière dont Demy transforme un conte qui véhicule traditionnellement, quoique de manière problématique, les normes hétérosexuelles en une histoire qui parle d’autres formes de sexualité. 32 À certains égards, la valorisation de la « bête » chez Cocteau et Demy fait aussi penser à la nouvelle d’Angela Carter « The Tiger Bride », dans laquelle l’héroïne se transforme en bête, au lieu de la bête changée en prince, autre forme non normative de sexualité partagée par le héros et l’héroïne. 28 « Jacques Demy : “J’ai attendu neuf ans pour faire Peau d’âne mais c’est mon adieu aux films roses” », France-Soir, 19 décembre 1970, n. p. 29 Voir J.-P. Berthomé, op. Lorsqu’elle s’installe dans la maisonnette sous les traits de Peau d’âne, la princesse se sert de sa baguette magique pour avoir un lit, une chaise, une table, un coffre et, bien sûr, un miroir ; ce faisant, elle recrée l’environnement qui sied à la mise en scène de soi. Puisqu’il ne s’agit pas complètement d’un espace défini et revendiqué par la « culture » (par opposition à la « nature »), le château bleu est un endroit où la prohibition de l’inceste qui consolide ces oppositions est, au mieux, précaire25. » La proximité entre les dialogues de la féerie et ceux du film, ainsi que le souci qu’ont la fée et la princesse pour leur image d’elles-mêmes, laissent penser que Demy connaissait la féerie. Comme dans La Belle et la Bête, la rose annonce ou provoque l’union des deux personnages principaux. Comme le conte de 1694, cette version apocryphe connut de nombreuses éditions, notamment au XIXe siècle, et fut adaptée à plusieurs reprises, en particulier dans l’Alphabet des contes de fées : Peau d’âne, publié en 1866, à la fin duquel la princesse demande pardon à son père incestueux pour s’être enfuie ! Mise en scène pour la première fois en 1863, cette œuvre est une version revisitée d’une féerie antérieure de Vanderburch et Laurencin, qui connut un succès durable à Paris et en province jusqu’en 1878 au moins, date à laquelle le décorateur Chéret poursuivit ses collaborateurs qui ne lui avaient pas versé sa part des bénéfices6. Comme dans d’autres scènes du film, l’incongruité sape l’ordre hétéronormatif bourgeois en le dénaturalisant. endobj Le miroir, en particulier, et le dandysme, en général, esthétisent ces personnages qui fonctionnent à la fois comme objets et agents du désir. La trilogie orphique comprend Le Sang d’un poète, Orphée et Le Testament d’Orphée. 38Selon Kristin Ross, après la Seconde Guerre mondiale, alors que l’empire colonial français s’effondrait au cours des années 1950 et 1960, on donna une nouvelle importance à la vie ménagère et à l’économie politique du foyer, dont la « propreté » devait promouvoir une distinction nouvelle entre la France et les colonies, et symboliser l’entrée du pays dans la modernité : « Un ménage efficace, bien tenu et harmonieux est un atout pour la nation : la qualité de l’environnement domestique a une influence capitale sur la condition physique et la santé de la nation. » Deneuve est en couverture du numéro du 30 avril 1968 de Look. 21Il y a dans La Belle et la Bête de Cocteau une forme de sous-texte incestueux : la Belle refuse d’épouser Avenant parce qu’elle ne veut pas quitter la compagnie de son père. 8L’adaptation cinématographique dans laquelle Demy revisite « Peau d’âne » incorpore de nombreuses références intertextuelles qui déstabilisent le conte, lui-même dérangeant, de Perrault. Par conséquent, la remise en cause de ces oppositions constitutives de l’ordre sociosexuel de la France de l’après-guerre sape la logique du genre qui en est le fondement. En témoignent clairement les modifications apportées par Disney au « Blanche-Neige » des frères Grimm pour son premier long-métrage d’animation en 1937. Steven Bruhm résume la position de Freud en termes crus : « L’homosexuel masculin […] peut à la fois s’identifier au père et le désirer, ce qui conduit au malaise initial, décrit par Leo Bersani, selon lequel nous pourrions simultanément désirer être le père et désirer baiser le père ; dans le même temps, l’homosexuel masculin peut s’identifier à la mère par désir pour elle et adopter ainsi l’“axe négatif” consistant à désirer avec elle le phallus40. OpenEdition est un portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. Afficher en entier cit., p. 969. Par toutes ses attaches avec les textes et les engins du monde moderne, la fée incarne l’avenir inscrit dans le passé et rappelle constamment au spectateur l’existence d’un écart entre notre temps et le non-temps (le passé intemporel) du conte représenté à l’écran, ce qui rend manifeste et, par là même, dénaturalise l’artifice du cinéma en tant que moyen d’expression. x��[[o�~��0}2YX����.��p�N�FV%3/&)����/)���_��3��!�f�yhG"wgϜ�w.�:���w�lϾ���r��g�����z�_/8��f~���_���b�:���f������|{q��^�bW�OOί9�{wz�Y�q&�L3Qf��_��������ÄM`�9=��tz��,*�ińʊ���q��l;?=���j�d�����Y�0���#w�)��Ȏ(~G���o_1v����՛�,wʂ�*-AɳB1�g�b:��)����Y��s�^�Y%Qn�R�3O�k��&"Tv*���2�ebB�Lf�)�7b&�ay&U?�l{�v�/d���陘�c?U���M��-\���TL��c=�|��M�d ���'b�:���ԫ������U&����w�[�8��������s5?�ިD������-64T n�,������Kv �.����My���j��n�X�`�|���8֐�Ő��L�h�t��UY��*�8�#�?��Ţ+.ѹ�hg��,�w.�A77��E�Wy^\����0�Q�. Elle fait son apparition vêtue d’une robe somptueuse, le prince et la princesse se marient, la princesse se réconcilie avec son père pendant les noces. <> Chez Capellani, de même que dans la féerie, le roi pleure dès qu’une situation le contrarie, comme quand sa fille refuse un prétendant. 68 C’est Mary Elizabeth Storer qui, la première, a identifié cette « vogue du conte de fées » dans Un épisode littéraire à la fin du XVIIe siècle : la mode des contes de fées (1685-1700), Paris, Champion, 1928. On peut ainsi voir en ces personnages des dandys féminins81. 6 Voir « Le Livret de Peau d’âne » dans Le Livre. Quiz Peau d'âne : Un quiz un peu dur sur ce magnifique film. Néanmoins, en mêlant nature et culture, le château bleu oppose son désordre au château de Chambord, plus ordonné. 87 Sur la problématique du narcissisme comme trope queer et le rapport de ce concept avec la psychanalyse, voir Steven Bruhm, Reflecting Narcissus, op. de l’allemand par Olivier Mannoni, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2010, p. 154-155). 56L’idée d’une Marie-Antoinette comme œuvre d’art et comme spectacle revient dans plusieurs autres scènes. ), Camp : Queer Aesthetics and the Performing Subject, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2002 [1999], p. 54 ; et Oscar Wilde, « Formules et maximes à l’usage des jeunes gens », trad. À certains moments du film, Demy ridiculise et critique implicitement l’association des femmes avec la domesticité, en présentant des héroïnes agents de leurs propres désirs, autre moyen de remettre en question l’image de la ménagère passive tellement colportée dans la France de l’après-guerre. Mais il souligne aussi le rapport qu’elle entretient avec son image. 3 0 obj 5, no 1, 2005, p. 30. ], Contes et légendes à l’écran, Condé-sur-Noireau, Corlet, 2005, p. 32). Mais, dans la version de Perrault, il se réconcilie avec sa fille et se voit réintégré au sein de cet ordre. Dans un entretien, le cinéaste escamote l’aspect sérieux de la question de l’inceste en affirmant : « Si on demande à une petite fille “À qui tu vas te marier plus tard ?”, elle dira que “Papa”, si elle a cinq ou six ans et qu’elle aime bien son père17. En contrôlant le regard du jeune homme, c’est elle qui est en situation de pouvoir et non le prince. 58À la manière dont Madame d’Aulnoy avait peuplé son utopique « île de la félicité » de jeunes et belles nymphes, Marie-Antoinette fait de son hameau une utopie pastorale habitée de jeunes et beaux paysans, le budget de la couronne jouant le rôle de baguette magique85. De même que « ma Bête » est, chez Cocteau, masculine et féminine (en raison du genre du mot en français), la Peau d’âne de Demy est féminine (comme princesse) et aussi masculine (comme âne). Deux ans plus tard, il fait allusion à l’inceste dans sa pièce Les Parents terribles » (I. Eynat-confino, op. Amour, Amour, je t’aime tant Amour, Amour, je t’aime tant Le perroquet Amour, Amour, je t’aime tant Conseils de la Fée des Lilas La situation mérite attention. L'histoire est encadrée de deux fugues, l’une en ouverture, l’autre en clôture. Elle collabore avec son architecte à la conception du hameau du Petit Trianon. Cette bouche féminine évoque celle qui est incorporée dans la paume de la main du peintre du Sang d’un poète. Playlist . Le roi décide de l’épouser. 23Dans le schéma freudien, l’homosexualité masculine a pour objet le désir du père39. 2Si des contes de Perrault comme « Cendrillon », « La Belle au bois dormant » et « Le Petit Poucet » ont souvent trouvé le chemin du grand écran dès les origines du cinéma français, peu de cinéastes se sont risqués à faire une adaptation cinématographique de cette histoire d’un roi incestueux qui veut épouser sa très jolie fille5. Tandis que le film condamne implicitement l’aveuglement complet de la souveraine à l’égard de l’état de la France et des vrais paysans, Demy a de la sympathie pour la Marie-Antoinette œuvre d’art et artiste qui, étouffant à la cour, se crée un petit paradis à propos duquel elle déclare : « Je pourrais rester éternellement assise ici à contempler la beauté. Wayne Andersen remarque que « [Sigmund] Freud a réuni un certain nombre de contes populaires dans lesquels argent et matières fécales sont équivalents » (W. V. Andersen, Freud, Leonardo da Vinci, and the Vulture’s Tail : A Refreshing Look at Lenardo’s Sexuality, New York, Other Press, 2001, p. 163). Pour un survol du contexte socioculturel de cette tendance littéraire des années 1690, au cours desquelles Perrault, ainsi que Marie-Catherine d’Aulnoy, Marie-Jeanne L’Héritier de Villandon et Henriette Julie de Murat ont signé des volumes de contes de fées, voir Jack Zipes, Beauties…, op. Comme la princesse de Peau d’âne, Marie-Antoinette reçoit trois robes extravagantes dont chacune est une merveille correspondant à un phénomène naturel : la première est baptisée « le battement du cœur impétueux », la deuxième « la première fleur du printemps » et la troisième « le chant silencieux du crépuscule ». 19Certains commentateurs voient dans la bête monstrueuse au cinéma une figure spécifique de l’homosexualité33. 25Demy fait allusion à l’inceste dans Les Demoiselles de Rochefort – où Monsieur Dame, le « beau-père » de Solange, désire ouvertement celle-ci – et dans Parking, où Jean Marais incarne à nouveau la figure d’un père incestueux42. Elle semble vivre son mariage avec le prince, qu’elle avait pourtant souhaité, comme une déception et, en apprenant que la fée des Lilas va épouser son père, la princesse a l’air un peu contrariée. « Amour, amour, je t’aime tant » chantait Peau d’Âne. Au centre de la rose, nous découvrons alternativement un œil ou une bouche lorsque la rose regarde le prince ou lui parle. Vêtue de la peau de l’animal, la princesse s’enfuit du palais et se fait engager comme souillon. De même que l’esthétique camp bouleverse les dichotomies telles que nature/culture, féminin/masculin, animal/humain, le regard camp déstabilise l’opposition entre sujet et objet, soi et autrui : le sujet se fait spectacle tout en se désirant et en désirant l’Autre. Absent du conte de Perrault, ce détail vient probablement de la féerie. 4L’historique textuel, théâtral et cinématographique de ce conte laisserait penser que lire l’histoire d’un père incestueux était moins dérangeant que la voir représentée sur scène ou à l’écran. Ce conte qui, sous la plume de Perrault, consolide, même de façon dérangeante, les normes patriarcales et hétérosexuelles devient, sous la direction de Demy, un film camp qui se penche sur d’autres formes de sexualité et d’identité de genre, et remet en cause l’ordre sociosexuel de la France de l’après-guerre. Disney fait ainsi de Blanche-Neige une souillon vêtue de hardes qui, comme le note M. Thomas Inge, est une image empruntée à « Cendrillon60 ». Même si pour nous autres, cœurs d’artichauts, on fête tous les jours l’amour, c’est bel et bien le 9 … Dans un entretien à Télérama, Demy déclarait sans ambiguïté : « Quand j’ai écrit la scène où l’on voit Peau d’âne pétrir la pâte et chanter la chanson du cake d’amour, j’ai revu Blanche-Neige confectionnant une tarte aidée par les oiseaux64. 37Dans le conte écrit par Perrault et dans la version apocryphe de « Peau d’âne », la princesse prépare le gâteau, « vêtue d’un corps d’argent que vite elle laça/Pour dignement faire l’ouvrage58 ». La manière dont Demy revisite dans son film le « Peau d’âne » de Perrault semble dénaturaliser le conte, en rendant évidentes les incongruités latentes dans le récit.